samedi 16 juillet 2011

Arsenic et vieilles Archives - Jaunay-Clan - 6 Octobre 1794.



Ce soir là François Dubreuil rentre tard. Taciturne et titubant .
 Sa femme lui sert la soupe, silencieuse, soumise, elle guette sa colère, anticipe sa mauvaise humeur, il a bu.
Il a 59 ans.
Elle aussi  est fatiguée, vieillie sous les mauvais traitements, triste et méfiante. Lasse de ce tête à tête, elle s’éloigne quelques instants.
A son retour dans la pièce, il est cordial, détendu, bizarrement moins indifférent qu’à son habitude, prévenant, presque tendre. Il lui propose de s’assoir à table avec lui et de boire elle aussi le potage qu’elle a cuisiné.
Elle est méfiante, l’espoir d’une trève,  la peur des coups, elle a appris à maintenir  une paix de façade, fragile. Néanmoins elle refuse et quitte la pièce.
 A son retour, il est parti chasser la nuit.
Tranquille enfin, elle se sert un bol de soupe.
Est-ce l'amerture de sa morne vie qui à la première gorgée, glisse dans son corps un gout acre ? Sous sa langue roulent des petits grumeaux durs, comme autant de grains au sablier du temps perdu.
Elle croit comprendre,
 se précipite chez sa voisine, La femme L'Epée.
Et panique.
Il veut la tuer depuis si longtemps, il  l’a dit, il a empoisonné la soupe, elle le sait.
 Le Sieur L'Epée se précipite chez elle.  A la surface du potage, il voit une poudre blanche qui flotte.
 Le retour du mari ne se fait pas attendre.  L’Epée accuse, insulte, met en garde. Dubreuil  nie, mais attrape la soupière et la jette à terre comme  un aveu. L’Epée le menace, et Dubreuil se défend, il fera boire le liquide répandu à son chien et à ses poules.
De leur survie dépend la sienne…
En attendant les gendarmes, exceptionnellement solidaire,  La femme L'Epée recueille quelques grammes de poudre sur le bord de la terre cuite brisée et les enveloppe dans un papier.

Une  plainte est déposée, le mari violent est arrêté, interrogé.
On perquisitionne la maison.
 La voisine confie son trésor  aux enquêteurs. 
La poudre est envoyée aux pharmaciens pour examen.
 C’est bien de l’arsenic.

Certes l’épouse est battue régulièrement, nombreux sont ceux qui en témoignent,
Certes elle a déjà demandé le divorce, exprimant la violence, l’indifférence, les coups, le mépris,
Certes  le témoignage du voisin et de sa femme,
Certes  cette poudre blanche,
 mais…

Il n’y a pas mort d’homme,
 et la présomption d’innocence vaut à Dubreuil d’être acquitté.



Dans le Dossier Dubreuil de la série L SUPPL 402, on trouve soigneusement conservé le minuscule paquet de poudre blanche qui en semant le trouble dans la soupe,
brisa le pot
et le ménage....
Fouilleur d'Archives mon cousin,
toi qui vient esquinter tes yeux sur les parchemins,
délaissant ta moitié aux fourneaux,
 ne rêve pas trop...
La poudre d'escampette,
 il n'en reste pas assez
pour passer à la postérité
 du parfait petit généalogiste...
empoisonneur
du XXIème siècle ;-)


Principe de précaution oblige, et afin de poursuivre à ma façon, cette solidarité féminine toute naissante qui m'a fait chaud au coeur, tout en éveillant comme en chacun l'hypothèse perverse d'une théorie du complot, j'ai signalé aux Archivistes de Poitiers, la présence dans le dossier de cette potion particulière.

Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

9 commentaires:

  1. Ah oui en effet incroyable mais ...
    C'est terrible cette histoire ,je dirai même une de plus ...

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  2. c'est une histoire très bien relaté

    oui comme dit la dame du dessus

    le nombre de ces cas
    je salue votre plume

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  3. il fallait qu'elle soit à bout pour demander le divorce en 1794. Ton récit est passionnant et révoltant. Il n'y a pas mot d'homme en effet..... Bisous et merci de ce moment d'une vie, difficile jusqu'au terrible, de cette femme. Bisous ma lulu

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  4. Heureusement que je n'aime pas la soupe ....Ah! Lulu-Miss Marple ..encore .Kiss

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  5. Petit polar du matin !! Le ton est vif, l'histoire pathétique et révoltante, et l'arsenic dans les archives bien réjouissant !! Tu me donnerais presque envie d'y retourner ! Ton récit est parfait ...

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  6. Quel brute, encore un et quelle belle solidarité féminine là aussi... Bravo pour ce récit, ce polar à "l'ancienne", c'est passionnant. Incroyable cette découverte de grains d'arsenic dans le dossier !!!

    Bises et bon dimanche,

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  7. C'est dingue en effet, ce poison à portée de mains indélicates, dans les archives ! Quand on pense qu'actuellement, des pièces à conviction fondamentales peuvent partir à la destruction en moins de deux...
    belle semaine à toi, sans soupe à la grimace.

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  8. Merci à tous !
    Et ravie d'avoir éveillé votre intérêt !
    La mise en mots est facile tant la mise en images est là au fur et à mesure du déchiffrage laborieux. Tout est dans le dossier,la soupe, le chien, les poules, les pharmaciens, les aller et venues des protagonistes....
    Les demandes de divorce sont nombreuses parmi les dossiers de crime ! Les filles saisissent l'opportunité qui leur est offerte. Cet élan de liberté semble aussi attiser les haines.
    je partagerai avec vous les mots de ces femmes qui prennent leur indépendance, c'est une lecture passionnante.
    Odile, j'ai fait bien attention à ne rien avaler et à ne pas éternuer ;-)

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