samedi 26 mars 2011

Chauffeurs de pieds du Poitou - Coussay - 11 Prairial An IV.



Lorsqu’ils arrivent à huit la nuit du 11 Prairial An IV, les Barré sont couchés. Quatre s’introduisent dans la maison, et s’emparent du vieux, sous les yeux de sa femme, ils le ligotent, le frappent, le jettent à terre, s’emparent de ce qui leur parait être de valeur. Mais le butin est maigre, comme souvent.
Alors, ils jettent un jupon sur le visage de la vieille, la ligotent à son tour, et commencent la torture, avec méthode, tellement à l’identique d’une agression à l’autre, d’un village à l’autre, d’une région à l’autre, que la justice en fait un délit à part entière (vol et brûlements de pieds). Une méthode qui ressemble à un rituel, qui sévit à travers la France,

 à tel point que la presse s’en inquiète,


 à tel point que les élus s’en alarment.
Ces agresseurs qui agissent en groupe s’attaquent aux habitants des petits villages, volontiers âgés, mais pas toujours, de Mirebeau à Montamisé en passant par Coussay et Lencoitre, nous en croiserons d’autres.
Les bandes se connaissent, les procès se recoupent.
Leur but n’est pas de tuer, mais de faire avouer la cachette du magot.
Les blessures infligées sont toujours graves, elles laissent des séquelles et la mort est souvent au bout de cette nuit noire.

Les brûleurs de pieds sont dans la Vienne.
Leur arme ? La cheminée de la maison.
Leur cible ? L’épouse de la maison, torturée sous les yeux de son mari.
Leur but ? Dérisoire, de maigres économies cachées derrière une pierre.

Ce soir là, le fils Barré 22 ans les a entendus arriver. Il sort et va chercher les voisins. Les voleurs s’enfuient en catastrophe, laissant derrière eux un baton et un couteau…
Louise Guillon sa mère est blessée, gravement.
Une semaine après l’attaque, les procédures commencent. Louise raconte. Elle a reconnu le bâton d’un certain Leclerc, les quatre qui étaient dans la maison avaient un fort accent loudunais et ressemblaient à des bourgeois.
Dans un second temps, Etienne, le fils Barré revient sur ses déclarations et dénonce. Ce sont les frères Gaubert qu’il a vus ainsi que Suffiseau et Leclerc le cordonnier.
Leclerc avouera, mais dira avoir été entrainé. Il charge Suffiseau et les frères Gaubert.
Suffiseau nie. Il dit que c’est son libertinage qui le perd, qu’on cherche à se venger de lui.
Les frères Gaubert nient aussi.
François Suffiseau, Pierre et René Gaubert, François Provost, Pierre Leclerc et Louis Meunier sont condamnés à mort. Gasselin , le joueur de violon est condamné par contumace.
L’affaire prend de l’ampleur, des clans se forment, des témoins viennent défendre Suffiseau et les frères Gaubert tandis que d’autres les accablent. Mauvaise vie, petits larcins, tout est à charge.
L’appel très circonstancié, sur une bonne vingtaine de pages, plaide ardemment la raison quand la vengeance en ces temps révolutionnaires tourmentés règne.  Craindre l’erreur judiciaire, ouvrir les yeux des juges, réveiller l'humain. Le plaidoyer est grave, politique, engagé on y sent l’angoisse d’une justice qui perd la tête à en couper tant.

Dans cette période particulière de l'histoire de notre pays, il est troublant de sentir à la lecture d'un procès somme toute banal, le courage des hommes qui persistent à tenter de rétablir le calme, maintenir le cap de la justice pour ne pas désespérer des révolutions.
Sans doute au péril de leur propre vie.
Le texte poignant, ne suffit pas à casser le jugement.
 Les six doivent être exécutés dans les 24 H.
 C’est la loi.
Impossible dit le bourreau, ils sont trop nombreux ! Il demande de l’aide.
L’exécution n’aura lieu que le 30 Messidor.
Les condamnés arrivent sur la place de la liberté à Poitiers en tombereau sous grosse escorte. L’ordre est difficile à maintenir…
Juste avant l’éxécution, Pierre Leclerc, et Louis Meunier tout en donnant des précisions sur d’autres affaires similaires en cours de jugement, disculpent Pierre Gaubert,
 en vain,
 il sera comme les cinq autres, guillotiné.


Source ADV Série LSUPPL408 et LSUPPL 422.
Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !
Les brûleurs de Les Chauffeurs de pieds..

12 commentaires:

  1. ces histoires de chauffeurs de pieds me fascinaient totalement quand j'étais gosse ! je vois que tu es encore très jeune Lulu !

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  2. Heureusement que , maintenant , quand on dit que"l'on chauffe quelqu'un" , cela n'a pas la même signification !!!
    A demain ...j'suis sûr que la Michelaise va mettre son réveil à 3 heures du matin ...compte tenu du changement d'horaire !!

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  3. A faire frémir ! Y a eu de sacrés brigands quand même, hein....et de sacrés pervers dans le lot !

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  4. Michelaise, je les découvre ces histoires avec de grands yeux ébahis, mais je ne les connaissais pas ! Allez, par les temps qui m'courent après, tout est bon pour rester jeune, encore un p'tit peu ;-))
    Ah l'heure d'été Tonton promesse de soirées en extérieur qui se prolongent... Vivement cette courte nuit !
    Anne c'est impressionnant ces histoires qui se propagent de région en région, et pas de groupe facebook à l'époque pour se passer l'idée ;-//

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  5. Je vois que notre époque n'a rien inventé en matière de torture de personnes âgées (ou non) pour leur voler quelques sous ou pour un numéro de carte bleue... Puis-je faire remarquer que les rubriques "faits divers" actuelles n'ont rien à envier à celles de l'époque, tortures, brûlures, monstruosités diverses (encouragées ou suscitées par des films comme La Haine, Elephant... à l'inconscience totale, à mon humble avis) ?

    L'histoire que tu racontes me fait penser de manière assez désespérante au "Gang des Barbares".

    C'est pas réjouissant tout ça !
    Bises

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  6. Ton premier lien, celui sur la postérité, est cassé. Ca cause de quoi ;-)) ?

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  7. Odile, mon premier lien n'en était pas un, je l'ai supprimé...
    Certes, notre époque n'est pas réjouissante et ces immersions dans le passé font réfléchir. Enfin quand même, on ne voit pas souvent de bandes de 10 à 15 personnes écumer les villages en agressant les maisons unes à unes, heureusement...
    La police a du faire quelques progrès !
    Les films ? Je les vois comme des boucs émissaires, d'une complaisance bourgeoise de gauche, qui a fui les quartiers populaires et se contrefout de ce qui s'y passe, y abandonnant progressivement ceux qui n'arrivent plus ni à défendre, ni à maintenir, ce qui reste encore de mixité sociale...

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  8. Ah d'accord. J'ai parcouru l'article sur "les chauffeurs de paturons" (!). J'avais entendu parler de "la Bande d'Orgère" dans le livre d'Alain Denizet "Au coeur de la Beauce, enquête sur un paysan sans histoire". Comme tu l'écris, certains de ces criminels ont laissé des traces dans l'histoire !
    En tout cas, ça donne "furieusement" envie de lire toute l'histoire dans le texte. Vivement que la Haute-Vienne mette ses archives en ligne ;-))
    Merci pour le partage de toutes ces tranches d'Histoire.
    Bonne journée (plus pacifique :-)). Bises.

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  9. La réponse à toutes ces tortures était radicale : la guillotine !...
    Ce sont des histoires qui me faisaient peur toute petite, j'ai déjà vu ces images où les brigands brûlent les pieds et où la victime ouvre une grande bouche pleine de douleur ... Maintenant que je suis une grande fille, ça va, je peux regarder sans frémir!.. ouf !!!
    C'est passionnant alors merci pour ce partage,
    Bonne soirée,
    Bises

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  10. Malheureusement il n'y a pas que le gang des barbares, les saucissonnages existent toujours pour avoir quelquefois qu'un maigre butin et les rubriques "faits divers" ne sont pas toujours renseignées!
    Bises et bonne soirée
    Valérie

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  11. J'en ai pleinement conscience Valérie, c'est exactement ce que je voulais dire.
    Bonne soirée.

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  12. Eh ! bien, quelle histoire, c'est passionnant et terrifiant en même temps ! toute une époque qu'il fait bon n'avoir pas connu...
    Bonne soirée Lulu,

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