mardi 8 février 2011

Révolutionner l'accouchement. 1791.




« L’homme ne naissant aujourd’hui que pour servir l’état et la société sans autre distinction que celle de ses vertus ou de ses talents, ces titres inaliénables et sacrés doivent intéresser plus que jamais la sollicitude des corps administratifs sur les moyens de veiller à sa conservation. Des expériences funestes ne nous ont que trop justifié l’insuffisance des sage-femmes. On en voit une infinité surtout dans les campagnes qui travaillent aux accouchements sans la plus légère idée des principes sur cet art. Si ces femmes n’ont pas acquis la connaissance des parties de la mère et de l’enfant sur lesquelles elles opèrent, comment peuvent-elles distinguer ces parties pour les traiter avec tous les ménagements qu’exige leur délicatesse ? Le succès des instructions gratuites ci-devant données aux femmes qui se destinent à la profession d’accoucheuse, ne peut que nous engager à protéger et à soutenir de tout notre pouvoir un établissement aussi utile à l’humanité. Nous annonçons en conséquence, que le 15 du moi de Mai prochain, il sera ouvert, en la maison du Sieur Maury, Chirurgien à Poitiers, un Cours Public et gratuit sur l’Art des Accouchements. Ce cours ne durera que l’espace d’un mois. Le démonstrateur éclairé à qui nous en confions le soin, le dirigera d’une manière à ce que le temps soit utilement employé. Les Femmes de ce département, au dessous de quarante années, qui voudront prendre part aux intructions du Sieur Maury, se rendront le 14 du dit mois, munies de certificat de bonne vie et mœurs, délivrés par les Officiers Municipaux de leur paroisses respectives. Il sera pourvu pendant la durée du cours, au logement et à la subsistance des Femmes qui le suivront. Fait à Poitiers, le 15 Avril 1791.
 
Remonter le temps avec le même sujet permet d'apprécier la naissance d'un style. Ici le ton est moins emphatique.
Le Sieur Maury (on ne l'appelle pas encore citoyen), n'est pas né d'hier. Nous verrons que son combat pour enseigner les sage-femmes précède la révolution. Probable médecin de la noblesse locale, sa démarche n'est pas opportuniste, les preuves de son dévouement sauvent sa tête.
La prochaine affiche et les documents associés que je partagerai ici en apportent la preuve.
L'élan était donné, il trouve en 1791 une détermination politique.

Document Archives Départementales Série L210
Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !
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8 commentaires:

  1. Ce n'est plus tout à fait le même ton, les mêmes propos, en effet.

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  2. Emilie Carles dans son livre "Une soupe aux herbes sauvages" a un chapitre intitulé "Mourir pour la patrie" (guerre 14/18). Elle débute en parlant de Joseph, fromager, le mari de sa soeur Catherine qui vient de recevoir sa feuille de mobilisation. C'était un couple qui avait fait un mariage d'amour ce qui était plutôt rare à cette époque. Pendant son absence, Catherine accouche, la fin est tragique et ce malgré la présence de la sage femme et d'une tante qui avait de l'expérience.

    Je te copie l'extrait et tu effaces si cela fait trop long : Catherine est seule à s'occuper de la laiterie, ce qui n'est pas de tout repos. Elle est aidée par sa famille jusqu'à la fin de l'été. Catherine revient vivre chez son père en attendant la venue de son bébé.

    "C'est au mois d'avril 1915 qu'elle a eu les premières douleurs. Depuis le départ de son Joseph elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle parlait peu, travaillait comme un automate, elle se traînait comme une âme en peine, sans désir, ni volonté. Catherine était vidée de sa substance. Ce jour-là, quand elle se sentit sur le point d'accoucher, elle s'alita, elle se glissa sous les couvertures et s'enferma dans une sorte de délire tout au long duquel elle répétait le nom de son mari "Joseph, Joseph, Joseph".
    Elle n'était au courant de rien. Tout comme moi, tout comme la plupart des filles, Catherine n'avait aucune expérience des questions sexuelles. On ne nous en disait jamais rien ici, il y avait quelques mères qui instruisaient leur fille, mais c'était rare... En plus, ma soeur, par l'éducation qu'elle avait reçue, avec son tempérament extrêmement farouche, ne pouvait concevoir de dévoiler sa nudité à quiconque. Ni ma tante Colombe, qui pourtant était une femme d'expérience, ni la sage femme, venue de Briançon, ne purent la décider à soulever ses couvertures. Catherine se tordait de douleur, elle serrait les lèvres, elle se mordait la langue, mais chaque fois qu'une des deux femmes s'approchait de son lit, elle retenait les couvertures contre elle et disait : "non, non, non, je ne veux pas, laissez-moi!", et l'incroyable, l'inconcevable est arivé. Pendant 48 heures ces deux bonnes femmes ont été incapables de s'apercevoir que Catherine faisait ses eaux. Quand elles s'en sont aperçu, c'était trop tard, mais le gosse n'était pas sorti. On a appelé le médecin et lui aussi a dit que c'était trop tard et qu'il ne restait qu'à la transporter d'urgence à l'hôpital.
    Pendant ces deux jours, mon père et moi, nous nous étions rongés les sangs. L'entendre crier et supplier comme elle le faisait était insupportable. Mon père ne savait où se mettre, il était malheureux comme les pierres, lui non plus n'avait aucune expérience de ces choses-là. Quant à moi, je n'avais pas voix au chapitre, j'avais juste le droit de préparer les tisanes et de me taire. Et pourtant! c'était tellement évident qu'il fallait faire quelque chose mais la sage femme et la tante Colombe ne supportaient pas qu'on empiète sur leur territoire.
    A l'hôpital aussi c'était la guerre. Tous les médecins étaient partis aux armées. Quelle dérision! Il ne restait que des médecins militaires et il n'y avait ni spécialistes ni gynécologues, rien. Ils lui ont fait une césarienne et ils ont sorti le gosse mais il était déjà mort. Après l'opération, tout a été de mal en pis, l'infection s'est déclarée et Catherine a fait une fièvre puerpérale. Que s'est-il passé exactement? On ne l'a jamais su. Est-ce que c'était trop tard pour la soigner? est-ce qu'ils n'ont pas su? Ou bien est-ce qu'ils n'avaient pas ce qu'il fallait? Elle a déliré pendant treize jours sur son lit d'hôpital et puis elle est morte à son tour. Elle avait vingt-deux ans".

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  3. Annick ! Me voilà de retour ! Un immense merci à toi ! Bien sur que je prends !! Et tout le texte et je vais lui faire les honneurs qu'il mérite !
    C'est un beau sujet n'est-ce-pas ?
    Bises.

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  4. Ah ! C'est mieux, là ! Et en effet, on ne se plaindra pas que certains aient eu à coeur d'instruire correctement les femmes sur ce qu'elles avaient à savoir.

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  5. Quelle tragédie encore, en ce début de 20e siècle ! Merci Annick de nous remémorer cette soupe-là.

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  6. Le progrès était en marche ...il peut encore continuer d'évoluer ,je le souhaite .
    C'est en effet un beau et grand sujet et qui nous touche ,forcément .
    Merci Annick du rappel de ces pages .Il est chez moi aussi ce livre, il faut que je remette la main dessus.

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  7. Dans ce livre, il y a aussi trois histoires de loup, racontées à la "veillée" ...

    En tapant sur google le nom d'Emilie Carles, je suis tombée sur une émission d'"apostrophe" (archives INA) dont je n'ai pas souvenir de l'avoir vue où sont invitées, entre autres, Gisèle Halimi.

    Gloria, c'est passionnant ce sujet, je suis bien d'accord.

    Bonne journée,
    bises

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  8. *Brigitte* : Aller de l’avant et tout en regardant dans le rétro de temps en temps, pour mesurer les progrès accomplis, éviter une nostalgie naturo-béate et éviter de foncer droit dans le mur.
    *Annick*, j'aime bien les histoires de loup ;-). Si ça ne passionne pas que moi, je vais continuer !

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