mardi 8 février 2011

Mourir à Vivonne - 1818/1824.


C'est le sixième jour de Mars 1818, en rédigeant l'acte de décès de Catherine Proust que l'idée vint à Monsieur Enard, maire de Vivonne, d'indiquer sur la foi des déclarations de l'officier de santé, la cause du décès de ses compatriotes. Systématiquement et précisément, à chaque fois, pendant un peu plus de six ans.
Monsieur l'maire était-il ami des toubibs du coin ? Etait-il lui même, friand de science, de médecine, c'est à voir.

Toujours est-il  que la particularité de cette tranche d'état civil valait largement un travail de dépouillement appronfondi et un modeste début d'analyse.
Le dépouillement des DC de Vivonne de 1818 à 1824 en ligne.

Après avoir un peu travaillé la sémiologie du XIXème siècle, il a été possible d'établir quelques éléments statistiques, d'identifier quelques anecdotes, bref de faire vivre ces décès.




Catherine Proust est  morte de phtisie pulmonaire, c'est à dire de tuberculose. Jusque là facile, tout le monde suit, ce n'est pas à vous qu'on a besoin de souffler que c'est une tuberculose. Mais quelquefois ça se complique.
Petit résumé rapide, car on ne prépare pas encore le concours d'officier de santé.

Les affections pulmonaires sont fluxion de poitrine, consomption, catarrhe pulmonaire, phtisie....

Les maladies vermineuses, sont sans doute souvent parasitaires (on ne connaissait pas les vermifuges) ou autre, le terme semble largement utilisé dès qu'un enfant présente une affection autre que pulmonaire.

Les fièvres sont cataloguées à la Prévert : scorbutiques, putrides, vermineuses, adinamiques, remittentes, ataxiques, cérébrales, lente, catarrhales, bilieuses, ataxiques, asthéniques, elles sont aussi quartes, tierces...

Les affections générales sont mal définies, encophlegmatie, leucophlegmatie.
Les affections cardiovasculaires sont associées à des oedèmes, hidropisies, anasarques, le coeur fatigue, la tension monte, ça gonfle et on ne sait pas lutter contre.

Les affections gastro intestinales sont variées, les diarrhées sont asthéniques.
Certaines affections restent bien mystérieuses, si les exquinancies sont des amygdalites, mais que sont ces dépots à la tête, qu'y a-t-il derrière les métastases de la poitrine ?

Le grand âge a son cortège d'affections spécifiques langueur, caducité, décrépitude, vieillesse...

Quant aux tout petits, s'ils ne sont pas mort-nés, ils décèdent des suites de naissance, ou systématiquement qualifiés prématurés, ce qui signifie que l'enfant est mort trop tôt, et non pas né trop tôt, comme on l'entend aujourd'hui. Parfois, on soupçonne une malformation évidente à laquelle le décès est rapporté, ou un accouchement particulièrement difficile.
Les premiers jours passés, il faudra craindre les cocluches, les asthme, les rougeoles.
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 Je vous laisse digérer...

Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

13 commentaires:

  1. ça en faisait, du mal, après la peau de nos ancêtres ! Mais il a bien fait, ce maire ! y a de quoi dresser de chouettes statistiques ! de quoi décéédait-on le plus, par tranche d'âge et par sexe ?

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  2. Ah que oui, quel inventaire qui n'a rien de Prévert ! Côté statitiques j'avais, quand j'ai bossé sur les contrats de mariage sous le règne de Louis XVI eu la chance de retrouver les carnets d'enregistrement des RPR (religion prétendue réformée autant dire protestants) dit Edit de Tolérance... 1787... cela a permis aux protestants de régulariser leur mariage, même ancien et de déclarer TOUS leurs enfants nés depuis. Cela nous a laissé des données passionnantes, car tu retrouves, d'un seul coup, toute une famille, parfois depuis les grands(-parents, enfants nés ou décédés, bref un vrai bonheur pour celui qui veut faire des statistiques (âge au mariage, veuvage, remariage)... bref une source vraiment passionnante quand on est dans un pays protestant. Ces déclarations se faisaient soit devant un officier royal, soit devant le curé. Au cas où cela t'intéresserait !!

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  3. Je n'ai jamais donné ma thèse à personne, (ni même relue moi-même) je sens que je vais t'en dédicacer une un jour ! Il m'en reste quelques exemplaires qui n'ont pas entièrement moisi dans la cave !! juste quelques champignons non vénéneux !!

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  4. Incroyable, et d'une telle richesse (je pense encore une fois à une recherche généalogique, mais aussi historique évidemment) ! En revanche, je me demande ce que disaient les textes, par rapport à l'enregistrement des décès. les officiers d'état civil avaient-ils réellement le droit de donner autant de précisions ? Je demande ça parce que j'ai vu le cas, dans l'Yonne, d'actes qui précisaient les circonstances du décès, qui avaient été annulés pour être ensuite réenregistrés sans précision des causes du décès.
    Merci Lulu pour cette passionnante analyse.

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  5. Et bien voilà ODILE, c'est aussi cette question de "droit" que je me pose et que d'ailleurs je te pose MICHELAISE, parce que tu peux peut-être y répondre ? Indiquer la cause du décès, il me semble que c'est interdit, mais je n'ai pas trouvé le texte qui le mentionne.
    Les actes annulés sont de quelle période Odile ?

    MICHELAISE, je serais non seulement ravie, mais je pense que je serai capable de lire avec beaucoup de plaisir et d'attention cette fameuse thèse, ça fait en effet plusieurs fois qu'on en parle. Si tu veux on peut échanger, moi c'est une histoire d'oeuf sur le plat à la sauce maculaire, il y a de très belles images ;-).C'est aussi une histoire de famille et ça m'avait demandé une petite enquête qui m'avait menée du neuf-trois aux plages de Normandie.
    C'était l'bon temps !
    Il y a une petite dame dans la Vienne qui est en train de répertorier tous les protestants du Poitou, son travail est monumental.
    ANNE, j'ai fait quelques p'tits tableaux, je vais les mettre dans les jours qui viennent. On n'en a pas fini avec Vivonne !

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  6. C'était aussi, de mémoire c'est le cas de le dire, milieu 19e siècle.

    Mâme Michelaise, si je peux me permettre, je pense bien être la première lectrice (la seule ?) à avoir commenté ton article à propos de ta thèse. A ce titre, je veux bien aussi une thèse dédicacée si les champignons en ont laissé assez :-)) La mienne c'était une étude longitudinale du langage de l'enfant... Mais je pense que ça n'intéressera personne ;-)

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  7. Voilà la preuve par l'image :-)))
    http://lepetitrenaudon.blogspot.com/2007/07/tout-fout-lcamp.html

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  8. Dans les textes régissant l'état civil actuel, je n'ai pas trouvé d'interdiction, mais seulement la "liste" de ce qui doit figurer (autrement dit, pour l'administration, ce qui n'est pas listé ne doit pas figurer sur l'acte)
    http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000647915&dateTexte=

    C'est un pavé impressionnant (section 4, article 428, à propos des actes de décès). Même si de nombreux articles ont été réactualisés, il est probable que la "trame" devait être la même au 19e siècle.

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  9. C'est ce que je me suis dit, que ne devait figurer que ce qui était listé. Et tout supplément annule l'acte. Ce n'est pas très clair tout de même...Et un peu lourd à digérer !
    Merci Odile de participer à l'aventure !

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  10. Waouh, il était précis ce maire! J'ai également des doutes sur les précisions qu'il donnait puisqu'un médecin délivre un acte de décès en inscrivant mort naturelle ou mort avec obstacle médico-légal.
    Bises

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  11. Je n'ai qu'un mot qui me vient : MERCI car là,
    j'apprends et c'est intéressant.
    bonne fin de journée,
    bises

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  12. Odile, je pense qu'au contraire, ta thèse sur le langage de l'enfant m'intéresse.

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  13. 1818 on est sans doute encore à une époque où on tatonne, et les infos ne passent pas toutes peut-être très bien partout.
    Je suis tombée aux Archives sur les premières désignations d'officiers d'état civil et autres responsables de municipalité au moment de la Révolution, ça n'avait pas l'air d'enthousiasmer grand monde de participer.
    J'ai pris un peu de retard, mais n'oubliez pas Vivonne, on va y retourner très vite.

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