samedi 29 janvier 2011

La noyée des Coutures - Prinçay - An VI.


Lorsqu’elle disparait, nous sommes en l’an VI de la République (04/04/1798) , Marie Pichot une soixantaine d’années vit à Vouneuil sur Vienne, avec François Chaussbours, ils se sont mariés 42ans avant à Cenan, près d’Archigny , un 23 novembre.
Le père et le fils Silvin, la cherchent partout la mère Pichot, longtemps, trop longtemps, pendant 12 jours.
 Lorsque le 15 Germinal, aux Coutures de Prinçay, on sort un cadavre de la Vienne, on se doute et on appelle les Chaussbours. Silvin le fils, lorsqu’il va chercher l’officier de police judiciaire, Jacques Antoine Blanchard, est certain qu’il s’agit d’un crime, il dit que sa mère a été étranglée.


Tous deux se rendent sur place ensemble, mais la nuit tombe. Impossible de laisser le cadavre sur la berge, ce serait contraire aux « meurs » et puis, il serait dévoré par les loups...

Les Loups...
 En l’an VI de la République, les loups rôdent à Prinçay.

Le corps est ramené à Vouneuil, dans la maison familiale.
C’est le lendemain matin à 7H que l’officier de santé fera sur place les constatations. Il examine minutieusement le cadavre, note son emplacement dans la pièce : sur deux perches, sur un coffre. Confirme qu’il s’agit bien d’une femme de 55 à 60ans. Inspecte avec attention toute la surface de son corps et ne relève aucune trace de violence évidente, mais plutôt un aspect général compatible avec une noyade. Il ne peut dater le décès. Tessier l’adjoint, donne le permis d’inhumer. Les témoins, les parents, et ceux qui ont découvert le cadavre seront entendus pour préciser les causes du décès .
Alors ?
Crime, comme le pense le fils ? Suicide ou accident ?


Lulu Potcher en léger différé (213ans) de Prinçay, vous donne RDV  aux AD la semaine prochaine...
Dans la série, "Nous aussi on en a des beaux assassinats", c'est fini pour cette semaine !
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Chez Anne, Une belle histoire de loups...
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L'intégralité de l'acte.
Aujourd’hui 15 Germinal An VI de la républicaine, à onze heures du matin, par devant moi Marc Tessier adjoint de la commune de Prinçay est comparu le citoyen Jacques Antoine Blanchard officier de police judiciaire du canton de Vouneuil sur Vienne demeurant à Vouneuil, lequel assisté des citoyens Jean Cougnes journalier et Silvin Chausbours tisserand d’un âge de 65 ans et l’autre de trente huit ans tous les deux commune de Vouneuil Lequel m’a déclaré qu’ayant été instruit que l’on venait de trouver dans l’eau Marie Pichot, femme de Chausbours qui était étranglée. On l’a trouvée au lieu appelé les Coutures en cette commune de Prinçay. Il avait requis un officier de santé pour constater le genre de mort et avait rédigé le procès verbal dont la teneur faite le quatorze germinal an six de la république française, devant nous officier de police judiciaire du canton de Vouneuil sur Vienne. A comparu le citoyen Silvin Chausbours tisserand demeurant commune de Vouneuil sur Vienne qui nous a dit qu’on venait de trouver dans l’eau Marie Pichot femme de Chausbours sa mère qui était absente de chez elle depuis douze jours, que malgré les recherches qu’ils ont pu faire depuis cette époque ils n’avaient pu savoir ce qu’elle était devenue, que son cadavre est maintenant au lieu appelé les Coutures commune de Prinçay. Attendu qu’il est six heures du soir et qu’il nous est impossible de nous procurer un officier de santé sur l’heure même, a dit Chausbours, de faire transporter le cadavre en son domicile, autant pour les mœurs que pour éviter les attaques des chiens, loups et autres animaux errants en conséquence disant qu’il sera appelé un officier de santé pour en notre présence, constater demain sept heures du matin le genre de mort et appeler pareillement ceux qui l’ont tirée de l’eau les parents et voisins, qui pouvaient la connaitre. Fait et arrêté et ajourné les jours mois an que dessus signe Blanchard. Et le quinze germinal, nous officiers de police judiciaire du Canton assistés de notre greffier et du citoyen Balard, sommes transportés à Chaumont susdite commune, en la maison de François Chausbours journalier ou étant, nous y avons trouvé le dit Chausbours et plusieurs citoyens des deux sexes qui nous ont montré le cadavre trouvé de hier au soir dans l’eau aux lieux et heure comme il est dit de l’autre part. Visite diceluy faite, le citoyen Balard nous a dit, rapporté que vers sept heures du matin au lieux désigné a trouvée étendue sur deux perches sur un coffre un cadavre de sexe féminin qui lui a paru de l’âge de cinquante cinq à soixante ans qu’après en avoir visite toute la surface cy devant couverte il n’a reconnu aucune marque suffisante qui prouve que le corps dont il s’agit ait perdu la vie par voie de fait évidente ni violence, que l’état de l’abdomen et la mensuration générale prouve l’apoplexie résultant du séjour dans l’eau qui lui impossible de prévoir le temps qu’il a resté dans l’eau. Signé Balard. Vu le rapport fait ci-dessus, attendu qu’il ne se trouve aucun indice que celui déterminé au dit rapport, ordonnons qu’il sera de fait inhumé et que ses parents et voisins seront entendus sur les causes, ainsi que ceux qui l’ont retiré de l’eau. Fait, clos attesté sur le lieu même à neuf heures du matin les jours mois an que dessous d’après la lecture du procès verbal que Jean Cougnes et Silvin Chausbours ont déclaré conforme à la vérité et à la représentation qui m’a été faite dudit cadavre, j’ai rédigé en vertu des pouvoirs qui me sont désignés le présent acte que le citoyen Blanchard a signé avec moi. Cougnes et Chaussbours ont déclaré ne le savoir de ce interpellé. Fait en mon domicile commune de Prinçay, les jours mois et an que dessus. Un mot rayé nul. Signé Tessier. Archives de la Vienne. NMD 1793-1799 (An VI) pages 59/60.
Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

9 commentaires:

  1. Après le chocolat du matin ..je déglutine l'affaire ...boudiou !!!

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  2. Pas de trace de strangulation, pas de trace de violence....Marie Pichot était elle dépressive, avait elle déjà eu des tendances suicidaires? Il est vrai qu'une autopsie aurait pu répondre à certaines questions, avait elle de la mousse blanche à l'intérieur de la bouche et du nez? ( ce qui arrive chez les noyés mais pas chez une personne tuée et jetée à l'eau). Pourquoi son fils était il persuadé qu'il s'agissait d'un homicide? Une petite audition aurait été necessaire ! J'attends la suite avec impatience...
    Bises et bon week-end.

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  3. " Tssss....bin tu parles d'une affaire ! Drôle de fin ! " - auraient dit les commères chez moi.
    Lulu, connais-tu l'origine de l'appellation " Les Coutures" ? On a aussi un hameau qui porte ce nom aux alentours. Je suis curieuse....

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  4. Bon appétit Michel ;-)
    Inspecteur Val Holmes, alors là un grand merci pour ces éléments d'analyse et ta perspicacité ! Le Dr Lulu Watson part la semaine prochaine en quête d'éléments nouveaux d'audience, que nous étudierons ensemble... si je les trouve ! Je me demande bien aussi pourquoi Silvin est à ce point persuadé que sa mère a été étranglée.
    Es-tu allée voir à Paris, l'expo "Crime et Châtiment" ? C'était passionnant. Les débuts de la police scientifique, le foisonnement de recherches, d'idées, d'utilisations de technologies naissantes au service de l'enquête,les premières photos, cette expo était un vrai polar. Moi qui traine la savate habituellement, là je me suis régalée.
    Anne, je me demande bien aussi, c'est un lieu le long de la Vienne, où il n'y avait pas de maison je crois, faut que je vérifie. Il y a des tisserands en nombre dans les environs. Silvin est tisserand, il y en avait à Prinçay et je me souviens qu'Eléonore du Blog des "Chemins de Traverse" qui travaille sur les maisons troglodytes de Saint Rémy sur Creuse, m'avait dit que les quadrillages de points retrouvés sur les murs des souterrains étaient faits par les tisserands...

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  5. Merci Lulu ! j'investiguerais aussi de mon côté !

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  6. Mêmes commentaires que Valérie : pourquoi diable le fils est-il persuadé que sa mère a été étranglée? qui soupçonne-t-il? ou alors, il refuse de croire à un suicide qui empêcherait sa mère de recevoir les derniers sacrements et d'être enterrée comme une chrétienne ? il peut s'agir aussi d'un simple accident, elle aurait pu glisser sur la berge et se noyer ? il n'y avait donc pas d'autopsies à cette époque? plus de 12 jours dans l'eau, wouah !!! le corps ne devait pas
    être de première fraîcheur ...
    tout cela est super intéressant... Merciiiiiiiiii
    Vivement la suite ...

    Mais comment as-tu eu vent de ces crimes au Prinçay ?

    bises

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  7. Je ne suis pas allée voir l'expo "Crime et Châtiment", cela devait en effet être très intéressant! Sinon nous avons également à Limoges un quartier nommé "les Coutures".
    J'attends la suite pour t'aider à mener l'enquête.
    Bises

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  8. Annick, c'est en tournant encore et encore les pages des registres que l'on tombe de temps en temps sur un crime, une anecdote, un secret de famille, un adultère. C'est ce qui donne tout son attrait à l'affaire. Petit à petit on sort de sa propre généalogie, parfois un peu trop plan-plan (journalier fils de journalier fera des journaliers, tu parles d'un quotidien) pour élargir à ce qui est croustillant, étonnant, touchant. Peu importe alors le patronyme, l'intérêt est là, la curiosité, l'envie de comprendre, l'étonnement toujours de réussir à suivre à la trace le quotidien d'un village au fil des siècles, un p'tit village de rien du tout, avec des gens de peu.
    Bises.

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  9. Mystère, mystèrieuse, une mort d'il y a deux cents ans... marrant comme on peu être intrigué par des faits et des personnes loin de tout lien autre que pure curiosité... Alors, saura-t-on plus sur cette disparition ?

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