jeudi 20 janvier 2011

Camille Guérin - Echo de la conférence du 15/01.



C’était un temps terrible que celui de sa naissance. Un sale temps à microbes,  un temps sans antibiotiques, un temps sans espoir de guérir, de soigner.
Camille Guérin est né à Poitiers en 1872.


 Elle,
on l’avait appelée écrouelle, puis phtisie, consomption, catarrhe, en 1839, Schonlein la baptise tuberculose ( de tubercule petit nodule et "ose" mal non inflammatoire). Depuis la nuit des temps, elle creuse les os, les poumons, la peau, les organes génitaux, le cerveau. Invalidante, déformante, stérilisante, suffocante, caverneuse, elle grignote tout.

En 1882, chez les Guérin, elle emporte Eugène, le père. Quelques années plus tard, Madame Guérin se remarie avec Auguste Venien vétérinaire à Chatellerault.

Camille grandit, brillant élève du lycée Descartes, sous l’impulsion de son beau-père vétérinaire, il se destine au même métier. Il part pour Maisons-Alfort et fait partie des meilleurs. Remarqué dans un premier temps par Nocard qui travaille avec Pasteur, il rejoint le laboratoire de Calmette, médecin chercheur, l’ami de Pasteur et de Roux. Camille Guérin sait sa chance et ne la laisse pas passer. Calmette sera son maître, aimé, respecté, honoré, au-delà de la mort.

C’est le début d’un beau duo de science.
 Guérin part à Lille le rejoindre à l’Institut Pasteur fondé deux ans avant, nous sommes en 1897, Camille Guérin a 25 ans. Il se consacre à la vaccine et à la tuberculose.
En 1900, il épouse Marie Lavergne, il aura deux enfants, un fils Pierre et une fille… Camille.
A partir de 1906, ses travaux portent sur le bacille tuberculeux d’origine bovine qu’il cultive sur pomme de terre additionnée de bile de bœuf. L'idée : créer une souche non virulente, stable. Le but : vacciner sans risque.


  Depuis que Koch en 1882, a identifié le bacille virulent responsable de l'affection chez l’homme, d’autres à ses cotés, à sa suite, essaient sans succès vaccins ou sérums. On tâtonne, on échoue, on cherche.
 
Contagieuse, ravageuse, la tuberculose est humaine mais aussi animale. En médecine vétérinaire, aussi il est temps de trouver, de vaincre. A Lille, après la grande guerre, les essais de vaccination sur les bovins avec du bacille atténué ont repris. Calmette et Guérin à force de patience, de travail, isolent, repiquent, atténuent le bacille, jour après jour, cycle après cycle, 20H après 20H, autant de fois qu’il faut. Malgré la guerre qui a sévi, interrompu les travaux, ils tentent, échouent, recommencent, protègent le trésor de leurs premiers efforts.

La science est leur monde et leur monde de science est fascinant. Contemporains de Roentgen, des Curie, sous leurs yeux nait la médecine, l’humaine et la vétérinaire, la radiologie, la radiothérapie, c’est l’enfance d'un Art qui est leur unique terrain de jeu….

En 1918, la guerre se termine, mais la maladie fauche toujours et Marie l’épouse succombe à une méningite tuberculeuse.

A Lille, les recherches se poursuivent. Dans l’élan du savoir, dans l’ivresse de la découverte, entre médecins et vétérinaires, les cloisons tombent. Il faut atténuer la virulence encore et encore. 230 fois plus tard, 13 ans après le premier ensemencement, le bacille qui pousse sous les yeux de nos deux amis  permet enfin la protection de l’animal.

Calmette, avec une extrème prudence et une grande audace, souffle l'espoir en émettant  l’hypothèse que ce bacille là, peut aussi protéger l’homme. Ce bacille là, c’est le BCG, le Bacille de Calmette et de Guérin. C'est un pédiatre, le Dr Weill-Hallé qui autorise et réalise le premier essai de vaccination chez un bébé, c’est un succès. L’enfant échappe à une tuberculose inévitable, attendue fatale.
 Nous sommes en 1921.

 Partout dans le monde, on va vacciner.

On ne sait pas encore guérir la maladie, mais on peut la prévenir, la faire reculer. Et elle recule.

Rivalités, diffamations, mises en cause, accident, rien n’est jamais simple… Calmette meurt en 1933, affaibli par les polémiques.
Guérin poursuit leur œuvre commune, travailleur acharné.
 Il faudra attendre les années 50, pour guérir enfin la tuberculose, découvrir le rimifon, plus la rifampicine, antibiotiques efficaces sur le bacille.
 Ambassadeur inlassable, reconnu, couronné, récompensé, Guérin deviendra Président de l’Académie de Médecine en 1951.


Camille aime à venir de temps en temps, se reposer dans sa maison de Vouneuil sur Vienne, il y retrouve ses enfants, les chemins du Pinail, les vieilles pierres, les vieilles églises.
Ami de Maurice Fombeure le poète de Bonneuil-Matours, d'Yvonne de Lestrange, la dame du Château de Chitré, il laisse encore aujourd'hui, aux petits enfants de ses voisins de village, humbles ou non, le souvenir d’un homme simple, affable, épris de science.
Il s’éteint à l’hôpital Pasteur le 09 Juin 1961.
 Ici, dans les maisons, dans les écoles, à l'hôpital, au collège de Vouneuil qui porte son nom, au lycée de Chatellerault où il a étudié, on raconte son histoire, porteuse d’espoir, d’humanisme et de modestie.
 
 Notre monde arrogant néglige ses chercheurs, ses bienfaiteurs, il oublie la mort des tout-petits, des jeunes gens suffocants, il méprise trop souvent la science et doute des bienfaits dont il est l’ingrat bénéficiaire. A l’aube du XXIème siècle, silencieuses, tentaculaires, les vieilles épidémies endormies s’éveillent, sournoises. De nouveau, coqueluches, tuberculoses, surprennent une crèche,un collège, une salle d’attente.

Ne restons pas sourds aux cris d’alarme, ne crachons pas stérilement sur la science au nom d’un retour à une nature dont on a oublié la violence… 


Belle conférence ! On aurait aimé écouter encore longtemps Sylvain Thénaud-Guérin raconter les rencontres, les obstacles, le quotidien, l’anecdotique de cette vie si riche. On aurait pu écouter encore longtemps le Dr Tête, raconter les écrouelles, les murmures vésiculaires, le mal de Pott, les images d’un autre âge et les incertitudes du présent.


Pair de l’un, arrière grand-père de l’autre, chacun, héritier à sa manière de cette intelligence, aura su rendre hommage au grand Camille.

Dans le public nombreux et attentif, personne n’a toussé, et pratiquement tout l’monde avait vendu du temps de sa communale, des timbres contre la tuberculose !


Cette année 2011 est une année multi anniversaires : les 250 ans de la première école vétérinaire (Lyon 1761), les 50 ans de la mort de Camille Guérin (1961), les 90 ans de la première vaccination par le BCG(1921) . Sylvain Thénault-Guérin animera dans ce cadre de ces hommages, plusieurs expositions, à Lille, Lyon, Paris...

Le petit livret "Camille Guérin et le BCG", court, didactique et très illustré, est disponible sur Chatellerault et Vouneuil
Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

8 commentaires:

  1. Ce devait être très intéressant !
    Et restons vigilant, c'est vrai.
    Je me souviens en Italie, dans les trains, de panneaux :"Il est interdit de cracher et de blasphémer...."

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  2. Cette conférence devait en effet être très intéressante. Malheureusement la tuberculose n'est pas complètement éradiquée. Il m'arrive encore de rencontrer des personnes démunies qui en sont atteintes.
    Bises
    Valérie

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  3. Hello Lulu , voici un petit rappel de la vie de ces grands homme , qui fait du bien ..Bises.

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  4. Merci Lulu, c'est un article de grande facture...
    Mon grand-père, brancardier, est mort de la tuberculose. J'ai été traitée à la rifampicine quand j'avais 30 ans et arrêtée pendant 3 mois. J'étais réfractaire au vaccin...
    Déjà une façon de me faire remarquer !!!
    BISOUS.

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  5. Merci pour cet article, LUlu, tu m'as tenue en haleine jusqu'à la fin !
    J'ai refusé d'autres vaccins, mais jamais celui-là. C'est trop important. En fait, j'en ai "gardé" 4 : diphtérie, polio, tuberculose, tétanos. Les "essentiels" quand on vit au bord de l'eau, avec des bêtes, et qu'on jardine.

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  6. Ah merci !
    En ce moment les vaccinations n'ont pas trop la cote. Le BCG est lui aussi contesté. Manifestement c'est oublier que même partiellement efficace, il protège des formes graves, ces formes justement que l'on a oubliées. Enfin comme disent Marité et Valérie, plus ou moins, car nous nous souvenons de cas dans nos familles et on en croise encore souvent aujourd'hui.
    On croise aussi de nouveau des coqueluches, et il faut vacciner les adultes et les grand-parents qui transmettent aux BB qui en meurent, encore aujourd'hui... C'est la campagne de l'année, alors je transmets, parce que Roselyne n'ose plus montrer le bout d'une seringue à la télé ;-)))

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  7. Un grand merci pour ce récit passionnant, et pour ces "rappels" indispensables.

    Ma grand-mère Marcelle est morte à 32 ans de la tuberculose, en 1935, laissant 4 orphelins dont ma mère qui avait 2 ans. Et oui, on ne le dira jamais assez, rien n'est jamais acquis, et la tuberculose reprend du terrain, chez les plus démunis, mais elle semble se répandre aussi dans toute la population (toutes proportions gardées par rapport aux pays pauvres évidemment).

    Si j'en crois l'état des trottoirs de Seine Saint Denis, au quotidien, il serait urgent que les panneaux cités par Totirakapon refleurissent aussi du côté de chez nous "Il est interdit de cracher...". Pour le blasphème, les conséquences me semblent moins graves dans l'immédiat :-))

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  8. Un petit rappel qui était à faire. On oublie vite . Nous, nous savons par nos parents que tel frère est mort à 30 ans de tuberculose et qu'un autre a "attrapé" la polio, les airs en en parlant étaient graves et nous avions bien conscience qu'il ne fallait pas rigoler et obéir : se laver les mains et les ongles avant de manger, ne pas se mettre les doigts dans le nez, ne pas cracher, mettre sa main devant sa bouche etc ... sinon "tu vas être malade" disait notre mère ...

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