samedi 10 octobre 2009

Le crépuscule du matin.



Le crépuscule du matin.


La diane chantait dans les cours des casernes,
Et le vent du matin soufflait sur les lanternes.

C'était l'heure où l'essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents ;
Où, comme un oeil sanglant qui palpite et qui bouge,
La lampe sur le jour fait une tache rouge ;
Où l'âme, sous le poids du corps revêche et lourd,
Imite les combats de la lampe et du jour.
Comme un visage en pleurs que les brises essuient,
L'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient,
Et l'homme est las d'écrire et la femme d'aimer.

Les maisons çà et là commençaient à fumer.
Les femmes de plaisir, la paupière livide,
Bouche ouverte, dormaient de leur sommeil stupide ;
Les pauvresses, traînant leurs seins maigres et froids,
Soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts.
C'était l'heure où parmi le froid et la lésine
S'aggravent les douleurs des femmes en gésine ;
Comme un sanglot coupé par un sang écumeux
Le chant du coq au loin déchirait l'air brumeux ;
Une mer de brouillards baignait les édifices,
Et les agonisants dans le fond des hospices
Poussaient leur dernier râle en hoquets inégaux.
Les débauchés rentraient, brisés par leurs travaux.

L'aurore grelottante en robe rose et verte
S'avançait lentement sur la Seine déserte,
Et le sombre Paris, en se frottant les yeux,
Empoignait ses outils, vieillard laborieux.

Charles Baudelaire.



Quand Canon n'en fait qu'à sa tête, il choisit le flash pour le éclairer le vieux buis, je lui rabats le caquet, il insiste et apporte à la photo tout son mystère.
Ce jour là , l'aube n'était pas triste, mais le texte est si beau.... que j'ai renoncé à en chercher un plus en accord avec cette insomnie matinale récurrente bien tolérée ;-)

Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

7 commentaires:

  1. Sacré flash qui résiste en plus. Beau texte Lulu, et finalement l'éclairage pas souhaité va bien avec le contenu. Bonne journée à toi.

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  2. T'as fait exprès, Lulu ??? Moi qui pensais m'évader un peu de mon billet, en attente (je ne sais même pas de quoi...) avec pour titre provisoire "cha(mp) d'automne" (un clin d'oeil à Charles, très tendance chez colibri-spleen en cette saison !!!), c'est raté ! Bon, je ne vais pas me plaindre si je retrouve mon poète préféré chez toi ! C'est vrai que ses textes sur le crépuscule de l'été sont tellement prégnants... Quant à la Seine, elle me plaît même froide et ténébreuse, comme j'aime tout autant ce Paris froid et obscur qui sied tellement bien à mon âme mélancolie... Je vois que ton vieux buis est aussi grand et désordonné que le mien en Bretagne, et avec ta lumière canon, il prend des allures de buisson ardent !

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  3. Magnifique ! Aimant beaucoup Beaudelaire, je te dis "merci beaucoup Lulu !" - et finalement cette photo est superbe, hein ?

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  4. Elle est belle ta photo au final et le texte est magnifique. merci...

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  5. C'est vrai que finalement elle est canon ma photo ;-))
    J'te jure Colibri (ne jurez pas Marie Thérèse), j'ai pô fait exprès !
    Le buis mériterait d'être à l'honneur, il faut que j'en calcule l'âge ainsi que celui de mon tilleul, ça va venir, mais en ces moments de spleen, le blog est parfois à la traine, laisser tomber, continuer, se contenter de ranger ses p'tites affaires de généalogie, bref on finit par taper "brume, matin poème" et toc on colle Baudelaire sur une photo marrante. Ce qui fait toujours du bien.
    Je vous fais grace de la même vue sans flash que j'ai finalement réussi à obtenir en me mettant en manuel... ben elle est moche ;-((

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  6. On dirait un ciel d'orage. Et c'est en accord avec le poème !

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  7. Le buis vole la vedette à l'aurore : ça donne un côté magique à la photo ce coup de flash inopiné. Et Baudelaire, et bien, c'est toujours bien de le lire ici et ... ailleurs.

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