mercredi 10 juin 2009

L'écume des jours.


— Ce nénuphar, dit Colin. Où a-t-elle pu attraper ça ?
— Elle a un nénuphar ? demanda Nicolas incrédule.
— Dans le poumon droit, dit Colin. Le professeur croyait au début que c’était seulement quelque chose d’animal. Mais c’est ça. On l’a vu sur l’écran. Il est déjà assez grand, mais, enfin, on doit pouvoir en venir à bout.
— Mais oui, dit Nicolas.
— Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est, sanglota Chloé, ça fait tellement mal quand il bouge !!!
— Pleurez pas, dit Nicolas. Ça ne sert à rien et vous allez vous fatiguer. La voiture démarra. Nicolas la menait lentement à travers les maisons compliquées. Le soleil disparaissait peu à peu derrière les arbres et le vent fraîchissait. — Le docteur veut qu’elle aille à la montagne, dit Colin. Il prétend que le froid tuera cette saleté…
— C’est sur la route qu’elle a attrapé ça, dit Nicolas. C’était plein d’un tas de dégoûtations du même genre.
— Il dit aussi qu’il faut tout le temps mettre des fleurs autour d’elle, ajouta Colin, pour faire peur à l’autre…
— Pourquoi ? demanda Nicolas. — Parce que si il fleurit, dit Colin, il y en aura d’autres. Mais, on ne le laissera pas fleurir…
— Et c’est tout comme traitement ? demanda Nicolas.
— Non, dit Colin. — Qu’est-ce qu’il y a d’autre ? Colin hésitait à répondre. Il sentait Chloé pleurer contre lui et il haïssait la torture qu’il allait devoir lui infliger.
— Il ne faut pas qu’elle boive… dit-il.
— Quoi ?… demanda Nicolas. Rien ?… — Non, dit Colin. — Pas rien du tout, tout de même !… — Deux cuillerées par jour… murmura Colin.

Boris Vian. L'écume des Jours



Je me souviens que ce livre m'avait arraché le coeur.

Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

3 commentaires:

  1. C'est un de mes passages préférés du livre, un arrache coeur comme toutes les oeuvres de Vian, merci, j'ai été émue en le relisant.

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  2. Coucou Lulu, j'allais pas manquer la visite sur ce message-là : mille mercis, ça m'arrache toujours le coeur, ce "poème" là...
    Je crois, pour répondre à un de tes commentaires antérieurs, que c'est justement dans L'arrache-coeur", la "foire aux vieux" et la "psychanalyse" dont j'ai parlé... Je ne me souviens plus très bien... J'avoue que si je relis volontiers et régulièrement L'écume des jours, les autres oeuvres de Vian que j'ai adorées dans ma jeunesse, ont pris un peu de poussière sur les étagères... Bisous.

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  3. Merci Colibri, il faut que je relise tout ça, j'ai oublié. J'avais entendu Brassens dire qu'il oubliait les romans qu'il avait lus et qu'il avait de la chance parce qu'ainsi il les redécouvrait avec un bonheur tout neuf... C'est un temps à se mettre sous un pommier avec un vieux livre de poche... et des lunettes qui voient clair ;-)

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