lundi 11 mai 2009

L'idéal.



Spleen IV


Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Charles Baudelaire.



Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

8 commentaires:

  1. Bien sombre ce poème, heureusement que l'image du chemin creux tel une nef de cathédrale nous conduit vers la lumière... Bonne journée sorcière Lulu "demain sera un autre jour"

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  2. Ben Lulu, c'est un "chant d'automne", qu'est-ce que tu nous fais, à avancer les saisons comme ça... ?!!! Ce poème est magnifique, il va de paire avec le précité, dans mon esprit tortueusement spleenétique ! Ne joue pas trop de ton balai, hein, pour une fois que j'aime le printemps (billet en cours !) et ne suis pas trop pressée de voir arriver les "froides ténèbres de nos étés trop courts". Tu nous laisseras quand même le temps d'admirer les coquelicots et les bleuets, dis ? Bizzzz.
    PS : un vrai chemin de fée, ta photo. J'adore... dans la journée avec du soleil, la nuit j'oserais même pas m'y aventurer, des fois que les arbres sortiraient leurs grands bras pour m'attraper. Il y a un chemin creux comme ça, à côté de ma maison en Bretagne, on voit même, sur les talus à moitié effondrés, les grosses racines dénudées des chênes et châtaigniers...

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  3. Tu ne vois que ton ombre lorsque tu tournes le dos au soleil.
    Le sable et l'écume (1926)
    Citations de Khalil Gibran

    Heureusement, sur ta photo, il y a le soleil qui
    perce au travers des branches...
    Bonne journée
    Annick

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  4. Il dit aussi :

    Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver racontés, au petit matin, à la table des anges.
    Le sable et l'écume (1926)
    Citations de Khalil Gibran

    Nous sommes au printemps, l'été est à venir puis l'automne ... comme il est dit plus haut, il ne faut pas "avancer les saisons comme ça"

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  5. Très beau mais... très sombre en effet, tant la photo que le poème. Certains jours, les très beaux textes résonnent douloureusement.

    Bises amicales, Lulu.

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  6. Ne vous tracassez pas je n'ai pas le révolver sur la tempe ;-/
    Ce texte est si fort et si vrai, qu'il ne pouvait manquer à ma collection ;-).
    C'est pas la saison tanpis et d'accord. Mais, ne faites jamais confiance à l'été. Et puis, il faut bien ranger parfois ses p'tites affaires, pour les retrouver quand nécessaire. C'est pas quand ça va mal qu'on peut trier Baudelaire ;-)
    Ce chemin est le mien, enfin presque, il est au coin de ma maison, du balai les fées ;-) Il semble grimper vers la lumière, mais s'enfonce en fait dans l'ombre des bois et après quelques enjambées de solitude rejoint la Croix Fleuriaux dont je vous reparlerai...
    Mille mercis pour vos échos et pour tes si jolies citations "adoucissantes" Annick !
    Promis... je recommencerai pas... tout d'suite ;-)

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  7. bonjour et merci pour vos voeux ! Je ne sais pas pourquoi mais les poèmes tristes me font du bien quand je suis triste moi même. C'est peut-être la seule façon de partager mes sombres états d'âme, car dans la vie de tous les jours il faut faire bonne figure et ne pas décourager les autres. Et puis ce chemin qui sent la noisette : quelle nostalgie pour moi la citadine qui rêve si souvent de nature ! Merci encore...

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  8. Carole, j'idéalise complètement mes rares promenades parisiennes ;-) que je rends chaque fois interminables.
    Les maux des poètes pour exprimer, pour partager, et quand on n'a pas toujours su faire bonne figure (ça alors c’est dur comme sport!), parfois la seule épaule où se reposer. Merci à vous Carole.

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