mercredi 25 mars 2009

Sage-femme.


Au fil des registres et des dépouillements systématiques, on repère les professions, les habitués, les commerçants du village et tant d'autres trésors, et quelques clins d'oeil que je compte bien partager ici.

A Availles, en 1893, la sage-femme du village est Marie Adhumeau épouse Sarrazin, sans doute, la première à faire entrer l'obstétrique dans la famille.

C'est Marie Sarrazin, qui déclare la naissance de l'enfant à la mairie. Fait plutôt rare dans les registres.... Cas de force majeure, le père de l'enfant est enfermé à l'asile d'aliénés ;-/.




Voici Angélique Marguerite Du Coudray, sage-femme des lumières.
Je lui laisse la parole :

"En attendant le moment de délivrer la femme, on doit la consoler le plus affectueusement possible : son état douloureux y engage ; mais il faut le faire avec une air de gaieté qui ne lui inspire aucune crainte de danger. Il faut éviter tous les chuchotements à l'oreille, qui ne pourraient que l'inquiéter et lui faire craindre des suites fâcheuses. On doit lui parler de Dieu et l'engager à le remercier de l'avoir mise hors de péril. Si elle recourt à des reliques, il faut lui représenter qu'elles seront tout aussi efficaces sur le lit voisin qui si on les posait sur elle-même, ce qui pourrait la gêner..."



Didactique et pédagogique, Madame Du Coudray exerce à Paris et est une protégée du roi. Elle écrit en 1759, un manuel des accouchements. Et surtout elle invente "sa machine" de démonstration. Elle forme des sage-femmes de village en village, aux frais de l'état qui la protège.



Voilà la fameuse invention. Très précise, elle permet à l'élève d'identifier les différentes présentations et d'apprendre l'anatomie, l'utérus, la vessie, les ovaires . Les parties dures du squelette sont présentes, ainsi que les fontanelles du foetus, et les doigts afin que l'élève s'habitue à reconnaitre les différents éléments en présence et distingue en particulier la main droite de la main gauche du foetus. La tête de la poupée est dotée d'une bouche ouverte qui permet à l'élève d'apprendre la manoeuvre de Moriceau (réorientation de la tête en mettant un doigt dans la bouche du foetus). Le placenta fait partie des éléments et est brodé de fil rouge et bleu ;-)


C'est la naissance de l'obstétrique, les médecins commencent à s'en mêler ( on en reparlera) et la concurrence avec les sage-femmes s'installe. Madame Du Coudray, la protégée du roi ne se fera pas que des copains ;-)


Grâce à vos commentaires on un p'tit plus pour le tout !


Comme dit Canotte, Louis XV aimait les femmes... De son épouse et de ses nombreuses maitresses, il aura 10 enfants légitimes et 13 illégitimes connus. Son intérêt pour les sage-femmes doit venir de là.

Angélique Marguerite étant sage-femme royale, on comprend mieux aussi sa grande expérience. On sait très peu de choses de sa vie privée à elle (mariage, enfants ?), qu'elle garde apparemment très secrète, même dans ses lettres. Mais on sait qu'elle était la petite nièce de Louise Bourgeois, dite la Boursier, sage-femme de Marie de Médicis, qui écrira un premier traité sur les maladies des femmes, et les accouchements des enfants de roi.


A l'époque la France perd cruellement ses enfants lors des accouchements confiés aux matrones. Les instruire, former les sage-femmes est le projet du roi et du gouvernement pour contrer cette hécatombe.




Madame Du Coudray, reconnue très vite dans de nombreux ouvrages médicaux, formera 5000 sage-femmes en 27 ans en sillonnant la France. Comme elle s'est rendue un peu partout on retrouve sa trace à Tours et sans doute ailleurs... A vos Archives Départementales :-)

Le passage de Madame Du Coudray à Tours

8 commentaires:

  1. Très intéressant. On peut en conclure aussi que si Louis le xvème aimait les femmes, il s'attachait également à préserver leur santé.
    Merci Lulu chapeau pointu, j'ai appris quelque chose aujourd'hui.

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  2. Merci Canotte de trouver épatant c'qui m'épate ! J'essaierai d'en savoir un p'tit peu plus sur le pourquoi de cette protection exceptionnelle.

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  3. Je suis en admiration devant ces femmes intelligentes qui ont tant fait pour nous. Je ne connaissais pas cette Madame Du Coudray mais je lui rends un fervent hommage.
    Merci Lulu Sorcière de contribuer à mon savoir, j'apprécie énormément.
    Amitiés du matin

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  4. Pour Canotte, Henriette,et tous ceux de passage, un p'tit plus sur Madame du Coudray !

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  5. Madame du Coudray devait être un amour de femme ...avec sa tête en forme de coeur ;-)

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  6. C'est passionnant comme d'habitude ! Marie Sarrazin ou l'obstétrique génétique :-) Merci Lulu.

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  7. De la sage-femme à la nourrice, il n'y a qu'un pas, ou plutôt une naissance, que je franchis.
    Je me suis souvent demandée pourquoi on appelait les seins des femmes des "roberts". Il se trouve qu'a la fin des années 1880 le biberon en verre se généralisa. Monsieur Edouard (non pas Leclerc)mais, ROBERT eu l'idée d'équiper le biberon d'un long tuyau en caoutchouc. Le succès fut foudroyant et fît la fortune du sieur Robert.Son patronyme passa dans le langage argotique pour désigner la gorge des femmes. Malheureusement, on s'aperçut, mais un peu tard - que le tuyau en caoutchouc était presque impossible à nettoyer et était propice au développement de germes de toutes sortes, occasionnant la mort de nombreux nourrissons.Sur internet on peut trouver en tapant "Biberons Robert" l'épopée de cette maison.
    Ainsi, si je puis dire le voile est levé sur les "Roberts" et les prudes n'oseront pas le mot célèbre : "Madame, cachez ce sein que je ne saurais voir"

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  8. Un grand merci Canotte pour ce p'tit plus qui mériterait bien un grand post à lui tout seul... ça viendra;-)

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